Rue de la Banque : Gueule de Bois après la Fête...
Quoi de mieux pour inaugurer un blog que de commencer par un sujet on ne peut plus brûlant?

Je travaille depuis bientôt un mois et demi Rue de la Banque, dans le 2ème arrondissement de Paris, juste à côté de la Bourse. Au fond, ça ne me change pas vraiment des immeubles de Seine-Saint-Denis, disons qu'ils sont juste un peu mieux entretenus, tout comme le gens qui y arpentent les rues...
Chaque jour je passais devant le squat du DAL (Droit Au Logement) et chaque jour j'avais mal au coeur, mais jamais ne m'arrêtais. Chaque matin matais de côté deux ou trois sans domicile, blottis dans des duvets bleus pour affronter le vent frais et mortel du soleil d'hiver, sans pour autant freiner mes pas.
J'ai souvent observé, à défaut de parler, pour tenter de comprendre, comprendre pourquoi ces gens dormaient là, 210 familles, rassemblées en plein coeur du Wall Street parisien, comme une tache noire sur un tableau blanc.
Je m'étais inconsciemment attaché à eux au fil des jours, faisant de leur présence une partie intégrante du quartier, imaginant leur départ comme une atteinte à l'harmonie de la rue.
C'est pourtant ce qui arriva avec l'arrivée du printemps. Avant-hier, l'Etat a signé une proposition d'hébergement pour les 11 familles encore à la rue, me rendant ainsi orphelin d'une image quotidienne tantôt tendre, tantôt tendue, pour mon plus grand bonheur, et le leur.
Hier soir j'ai quitté le travail au son de la fête africaine, affichant un sourire involontaire à qui voulait le voir, et suis rentré chez moi, comme toujours.
Je n'ai jamais milité pour le DAL, jamais parlé à un seul des sans abri, jamais crié mon incompréhension, je n'ai fait que passer par là tous les matins, tous les soirs, et pourtant, c'est bête, mais je me sens proche de cette victoire.
J'ai pris cette photo ce soir, et la rue semble vide maintenant. En fait, pour tout vous dire, je crois qu'ils me manquent...
Pour de plus amples informations, cliquez sur http://www.droitaulogement.org/


